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Sirop d’érable: des faussetés sur la mise en marché


Le Soleil, 13 juin 2017, en page 23 et sur le site web

Encore une fois dans les quotidiens québécois, l’Institut économique de Montréal (IEDM) a récemment sonné la charge contre la mise en marché du sirop d’érable au Québec. On connait déjà leurs idées libertaires à tout prix, sans aucune nuance et l’on ne partage évidemment pas leur opinion. D’habitude, je me passe de réagir à leurs commentaires insipides. D’ailleurs, y a-t-il un dialogue possible avec ce type d’intégristes ? Mais, lorsque leur opinion est appuyée sur un ensemble de faussetés ou sur des faits qu’ils tripotent pour arriver à leurs fins, alors là, je me sens obligé de rétablir ces faits. Voici donc ces corrections aux énoncés erronés de l’IEDM.

  • Les acériculteurs doivent obtenir la permission de produire le sirop d’érable

Il existe effectivement un système de contingentement qui détermine la production idéale, souhaitée des producteurs acéricoles. Il est important cependant de savoir que la production pour la vente directe aux consommateurs, la fameuse canne que vous achetez à la cabane à sucre par exemple, n’est pas assujettie à ce contingentement. Cette production représente environ 15 millions de livres annuellement et est totalement soumise au libre marché, si cher à l’IEDM.

  • Les producteurs ne peuvent produire davantage que leur contingent

C’est complètement faux ! Deux programmes peuvent même les inciter à produire davantage. Le premier s’appelle le volet croissance, qui permet à un acériculteur ayant une moyenne triennale de production supérieure à 95 % d’augmenter son contingent pour suivre l’accroissement de sa productivité, jusqu’à un maximum de 25 % par année. Le second est un transfert d’une partie de la réserve du producteur, jusqu’à hauteur de 20 %, lorsqu’il connait une année de faible production afin de recevoir des revenus supplémentaires palliant à cette petite année de récolte.

  • Le prix du sirop d’érable a augmenté de 20 % depuis l’imposition des contingents

Cette fois-ci, deux faussetés dans la même phrase. Faut le faire ! Premièrement, il n’y a pas eu d’imposition des contingents puisque c’est unanimement que les quelque 120 délégués ont voté pour le projet de contingentement en mars 2003. Deuxièmement, depuis l’entrée en vigueur des contingents, le prix moyen du sirop d’érable payé au producteur a augmenté de 32 %. Cela peut paraitre beaucoup, mais si on ramène cette augmentation sur une base annuelle depuis 2005, cela représente 2,1 %. De plus, ce que cache bien de dire l’IEDM, c’est que ce prix n’a pas augmenté depuis 2013 !

  • Depuis 2010, seulement 84 % des livraisons en vrac ont été payées aux producteurs, et 45 % en 2016

Ici, le vase déborde, d’autant plus que nos brillants chercheurs prétendront avoir tiré ces chiffres du site Web de la Fédération. C’est quand même extraordinaire d’avoir une formation universitaire et ne pas savoir lire un tableau, à moins qu’on s’amuse à tripoter les chiffres. Depuis 2010, très exactement 95 % du sirop d’érable livré vrac par les producteurs a été payé à ces derniers. Quant au 45 % de 2016, nos brillants chercheurs n’ont pas pris le temps de lire la note au bas du tableau disant qu’il datait du 15 juillet et que les paiements de l’année en cours n’étaient pas terminés. En fait, le taux de paiement de la récolte 2016 a atteint 97 % du contingentement, et ce, malgré une récolte record, à l’époque, de 148 millions de livres.

Les libertaires de l’IEDM peuvent bien continuer à écrire leurs inepties profondes sur la mise en marché du sirop d’érable au Québec. Moi, je sais seulement que les ventes de l’Agence de ventes ont progressé en moyenne de 10 % par année depuis 2010. Trouvez-moi une industrie qui fait pareil, que la récente attribution de 5 millions de nouvelles entailles permettra d’investir 100 $ millions d’argent frais en régions d’ici 2018. Trouvez-moi encore une industrie qui fait pareil, et dont le taux de confiance des 13 500 producteurs québécois envers leur Fédération est de 88 %, oui, vous avez bien lu, 88 %. Ces chiffres sont ma motivation profonde et celle de tout le personnel de la Fédération à poursuivre leur patient travail de mise en marché ordonnée du sirop d’érable québécois qui profite à tous les producteurs acéricoles du Québec.

Paul Rouillard

Agroéconomiste de formation, Directeur général par intérim

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